Le débat d’orientation budgétaire (DOB) est l’occasion pour la mairie de présenter les grandes lignes budgétaires de l’année à venir. C’est un élément important de transparence de la vie municipale qui attire, pour une ville de la taille de Bastia, l’ensemble des médias.
Pour 2022, le DOB avait listé les projets pluriannuels qui représentent des investissements structurants nécessaires à l’évolution de notre ville dans des domaines variés comme l’urbanisme, le patrimoine, les transports, l’éducation.
La majorité municipale a annoncé vouloir y consacrer 21 millions d’euros en 2022. Une somme importante censée illustrer le « nous avons en 6 ans ce que d’autres n’ont pas fait en 50 ans » tenu par Pierre Savelli lors de la dernière campagne municipale.
Mais, l’analyse du bilan 2022 montre qu’il ne s’agissait que d’un effet d’annonce afin d’obtenir des articles évoquant l’ambition de cette majorité.
En effet, le compte administratif 2022 est un document qui permet de comparer le budget prévisionnel voté en début d’année avec les réalisations effectives en fin d’année, aussi bien le fonctionnement que l’investissement de la ville.
On y apprend que la ville n’a consacré à ces projets pluriannuels que 11,2 millions d’euros soit 53,3% de ceux prévus.
Sur les 45 chantiers en cours, 5 programmes représentent à eux seuls 50% de cette dépense en 2022.
Pire, alors qu’elle a nettement moins investi que prévu, la ville a dû, quand même, faire un emprunt de 4,3 millions d’euros afin de financer ces programmes (conseil municipal du 17 novembre 2022).

Fin 2021, un courrier cosigné par le Préfet de Haute Corse et le directeur départemental de la DGFIP alertait le maire de Bastia sur la situation financière de la commune. Cela faisait suite à la publication du rapport de chambre régionale des comptes (début 2021) qui épinglait la gestion de la municipalité et à la publication du bilan 2020 (compte administratif). Il était demandé des actions afin de « réduire ses charges de fonctionnement et augmenter ses recettes. ».
Ce document se terminait par une injonction «Avant d’engager de nouvelles dépenses d’équipement, écrivent les services de l’État, il est nécessaire que la capacité d’autofinancement retrouve un niveau suffisant pour permettre de financer le remboursement d’emprunts.».
Or, entre 2020 et 2022, les recettes de gestion ont augmenté de 10,16% soit + 5,15 millions d’euros ; grâce à l’augmentation des impôts et taxes + 21,43% (+4.42 millions d’euros).
Mais cette augmentation sert principalement à absorber l’augmentation des dépenses de gestion courante : +3.2 millions € (parmi elles, les charges de personnel +1,53 millions € : CCAS inclus) et l’encours de la dette de 2.71 millions €. Soit un total de 5,91 millions €
C’est donc sur les investissements que la municipalité a décidé de faire des économies mais principalement pour supporter des charges de fonctionnement croissantes.
Malgré cela, la capacité de désendettement de la ville reste supérieure à 10 ans.
Le problème majeur reste que les programmes structurants sont les sources de recettes de demain car ils permettent de développer la commune et d’améliorer son attractivité.
Or, la majorité municipale sacrifie l’avenir de notre ville aux besoins de fonctionnement qui répondent plus à une vision clientéliste qu’à la défense de l’intérêt des Bastiais.
A ce rythme, la mise sous tutelle de notre ville est un scénario de plus en plus vraisemblable…
Petite visite guidée des investissements 2022

Si les investissements sont à la peine, la majorité municipale a mis le paquet dans un micro secteur de la ville. Il s’agit de la zone quai sud du vieux port, route du colle en incluant l’Aldilonda. Ce sont près de 17.14 millions € qui ont été investis entre 2018 et 2022.
Cela représente 26.3% des 65 millions € consacrés aux projets pluriannuels sur cette période ! Il faut rajouter une partie de l’investissement consacré au dispositif « opération programmée pour l’amélioration de l’habitat »
Pourquoi pas ? Mais le Maire de Bastia n’explique pas en quoi cette zone de Bastia doit capter une part aussi importante des investissements. Il n’y a aucune stratégie et la qualité des réalisations ne saurait suffire !
A l’instar de la philosophie de l’aménagement du vieux port, la ville de Bastia semble décider à faire la guerre aux voitures en piétonnisant de plus en plus. C’est une idée, à condition de réaliser des parkings.
Seulement voilà, à ce niveau, les projets de parking sont en panne sèche.
- Celui de la gare, qui est un projet CdC n’avance pas. D’ailleurs depuis 2019, le projet d’aménagement de ce secteur est à l’arrêt : 4 104 € sur les 500 000 prévus.
- Celui du front de mer reste en rade. Sur les 12 millions d’euros prévus, seuls 80 000 ont été dépensés.
- Celui de Cardo reste au stade de projet. 7 500 euros y ont été consacrés sur les 2,3 millions prévus.
Cardo qui peut avoir, de plus en plus, la détestable sensation d’avoir été berné sur l’autel des promesses électorales. En plus, de son parking, il devait y avoir une école qui n’en est à 4,87% de réalisés.
A propos d’écoles, mis à part le coup d’accélérateur sur le centre des sciences, initié en 2003 et qu’il fallait inaugurer pendant la campagne municipale, les autres projets font l’école buissonnière !
Les écoles de Gaudin, Desanti et le restaurant scolaire de Defendini n’avancent pas. Début 2023, ces projets en étaient à un taux de réalisation respectif de 34%, 4,42% et 12.15%.
Le programme visant à numériser les écoles a même été stoppé en 2020 alors qu’il restait 41% à réaliser (près de 500 000 €)
Qui n’a pas entendu parlé de la candidature de Bastia pour devenir capitale européenne de la culture en 2028. Une carte maîtresse de la campagne des dernières municipales.
En 2023, malgré un luxe d’énergie, la ville a été finalement écartée mais on aurait pu espérer qu’il en reste quelque chose.
Or, les projets liés au patrimoine font du surplace. Parmi eux :
- Le Pavillon des Nobles douze, lancé en 2017, son budget s’élève à 950 000 € et il reste à financer 625 000 euros. Son taux d’avancement est de 34,15%
- Les oratoires Conception St Roch et Ste Croix, lancé en 2017, son budget s’élève à 2,5 millions € et il reste à financer 2,2 millions €. Son taux d’avancement est de 12%
- Le Bon Pasteur, lancé en 2019, son budget s’élève à 390 000 € et il reste à financer 182 000 €. Son taux d’avancement est de 53,32%
- Le Palais Caraffa, lancé en 2020, son budget est de 5,55 millions € et il reste à financer 5,49 millions €. Son taux d’avancement est de 1%
- Le théâtre de Bastia, lancé en 2017, son budget est de 33 millions € et il reste à financer 32,1 millions €. Son taux d’avancement est de 2,8%
Rien que le théâtre représente, à lui seul, la moitié des 65 millions investis entre 2018 et 2022.
On pourrait également évoquer le couvent Saint-François, une bâtisse, plein cœur de Bastia acquise par la région 250 000 € en 2006.
La seule chose qui en a été tirée est un parking en terre de 90 places peu sécurisé.
Un autre projet reste à quai. Il s’agit des travaux d’accessibilité pour les logements, les équipements publics et les espaces extérieurs afin de se mettre en conformité avec la loi handicap de 2005. Il a été validé en décembre 2018 avec l’ANRU et devait être réalisé dans un délai de 6 ans.
Non seulement son enveloppe a été réduite de 35% passant de 4,8 millions € à 3,14 millions € mais, début 2023, à un an du terme, il n’en est qu’à 18,85% d’avancement.
Un comble dans une ville marquée dans sa chair par la catastrophe de Furiani dont de nombreux blessés se sont retrouvés dans une situation de handicap !
D’ailleurs la solidarité n’est pas un marqueur des investissements.
Sur les 65 millions investis entre 2018 et 2022, les projets des quartiers sud n’en ont capté que 18,7%.
Par exemple, l’éclairage médiatique porté à l’aménagement de l’avenue de la Libération est inversement proportionnel à l’ambition du projet.
Certes ce programme de 2018 touche à sa fin, il ne reste plus que 8% à réaliser.
Mais il a été raboté de près de 50% passant de 3,05 millions d’euros en 2019 (avant les élections) à 1,72 millions d’euros en 2022.
Le maire a souvent pointé du doigt les mauvaises relations avec François Tatti, ancien président de la CAB, ce qui, selon lui, paralysait la bonne conduite des projets. On allait voir ce qu’on allait voir avec un Président issu de sa majorité.
Et bien.. pas grand-chose.
Le projet du centre technique mutualisé entre la CAB et la ville de Bastia n’a pas bougé et reste à 0% d’avancement.
Pire, la ville de Bastia se retrouve avec l’îlot de la poste sur les bras qui lui a coûté jusqu’à présent 3,7 millions € et qu’elle ne peut pas vendre faute de pouvoir accorder un permis de construire.
Pour le faire, elle doit modifier le plan prévention risque inondation. Cela nécessite de sortir les réseaux d’eau usée de la galerie du Fango. Des travaux à 7,4 millions € qui incombent à Acqua Publica et dont la réalisation dépend d’une participation de l’Etat à hauteur de 5,9 millions € qui n’est pas acquise.
Si Pierre Savelli pousse dans ce sens, Louis Pozzo di Borgo président de la CAB est plus réservé en cherchant à préserver la capacité financière d’une régie des eaux déjà en difficulté afin de ne pas nuire aux autres communes qui ont également besoin d’investissements en matière de réseau d’eau.
Il se murmure même que leurs relations seraient tendues. Décidément le Maire a des problèmes avec les Président de la CAB….
Lors du débat d’orientation budgétaire (DOB) début 2022, la ville a annoncé des dépenses totales d’investissement de 35 millions €. Cependant, elle n’a réalisé que 21,2 millions €.
Si la ville n’est pas capable de réaliser sa quote-part des financements, elle risque de perdre des cofinancements (Etat, Région, Europe…).
Sur les 29,4 millions € de recettes d’investissement espérées, elle n’en a reçu que 17,3 millions €.
Le poste “subventions d’investissement” (participation Région, Etat, Europe) était de 5,3 millions €. C’est le plus faible montant de la période 2018-2022.
Si ces financements sont définitivement perdus cela pourrait provoquer l’annulation d’un certain nombre de programmes puisque la Mairie ne peut pas les financer entièrement sur ses fonds propres.
Moins d’investissement, c’est moins de ressources. Moins de ressources, c’est plus d’impôts, l’unique solution pour éponger les dérapages des frais de fonctionnement et éviter la mise sous tutelle.
Les Bastiais méritent mieux que cela !
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