Je souhaite clarifier ma position à l’approche de l’élection municipale bastiaise de 2026.
Pour diverses raisons, j’ai décidé de ne m’engager dans aucune démarche déclarée.
Cette décision n’a rien d’évident. Elle est même difficile. En tant que citoyen, je me suis fortement impliqué dans la défense de ma ville, parfois au prix de longues heures de travail et d’une certaine solitude.
J’ai engagé trois procédures devant le tribunal administratif à l’encontre de l’actuelle majorité municipale : je demande l’annulation des comptes 2024, du plan de financement du théâtre de Bastia, de la délibération approuvant le PLU, ainsi que la communication de plusieurs documents administratifs.
Je fais, aujourd’hui, le choix de la cohérence plutôt que d’une liste.
J’aime la politique quand elle consiste à regarder les problèmes en face et à chercher des solutions sérieuses. J’éprouve en revanche un profond malaise quand elle se réduit à des slogans de campagne.
Ce n’est pas l’exercice du pouvoir qui m’intéresse, mais la manière dont on l’exerce pour améliorer concrètement la vie des habitants.
Or, j’ai parfois le sentiment que certains candidats partent d’un postulat inquiétant : l’électeur serait incapable de comprendre une phrase de plus de trois lignes. Il ne s’agit alors plus de défendre des idées justes, mais de produire des idées simplistes. Ce qui appauvrit le débat public et méprise silencieusement celles et ceux à qui ils s’adressent.
La question du logement social en est une illustration frappante. Le constat est connu : il manque des logements sociaux.
En 2021, j’avais publié un chiffre édifiant de l’INSEE qui montrait que la Corse, bien qu’étant la région la plus pauvre de la métropole, est aussi celle qui compte le plus faible nombre de logements sociaux par habitant.
Quelques jours plus tard, Corse-Matin publiait un article estimant qu’il fallait environ 9 000 logements sociaux pour répondre simplement à la demande existante.
À Bastia, l’analyse des données de l’INSEE révèle une réalité encore plus préoccupante : la pauvreté monétaire touche environ un tiers des ménages, mais atteint 40 à 50 % chez les familles monoparentales, les locataires du parc privé et les personnes seules. Cette pauvreté est à la fois fréquente et profonde, fortement liée à la structure des ménages et aux conditions de logement.
Pour mieux appréhender la situation, il suffit de lire l’étude de la DREAL de Corse sur l’adéquation structurelle et géographique du logement social en 2023. Elle montre qu’à Bastia, le parc social est structurellement insuffisant pour répondre aux besoins réels. La demande est très majoritairement endogène : environ 70 % des demandeurs vivent déjà à Bastia au moment du dépôt de leur dossier. Il ne s’agit donc pas d’un « appel d’air », mais d’un problème de maintien résidentiel.
Les délais et le faible volume d’attributions masquent une demande découragée, marquée par l’auto-exclusion de ménages pourtant éligibles. Le système opère une sélection sociale de fait, défavorable aux personnes seules et aux travailleurs modestes. La tension ne se lit pas dans les chiffres bruts, mais dans les parcours résidentiels bloqués et la précarité durable.
À Bastia, on compte environ 5 225 logements sociaux, dont 2 112 sont gérés par l’Office public de l’habitat de Corse (OPH2C), principal bailleur de la ville, responsable de 40 % du parc social bastiais.
Comment peut-on décemment proposer des solutions sans avoir lu les rapports de l’Agence nationale de contrôle du logement social (ANCOLS) concernant l’OPH2C ? Deux rapports ont été publiés, en 2017 et en 2023.
Ils dressent un constat sévère et répété. En dix ans, l’OPH2C a accumulé les dérives sans les corriger : un taux de vacance qui atteint 11,5 %, des centaines de logements vides et dégradés, des millions d’euros de subventions absorbés sans amélioration tangible du service rendu. Les réclamations des locataires restent sans réponse, la gestion de proximité est défaillante, des charges sont indûment facturées. Les engagements pris n’ont pas été tenus.
La convention d’objectifs et de moyens 2020-2025, signée entre la Collectivité de Corse et l’OPH2C pendant la campagne de 2020, apparaît aujourd’hui surtout comme un effet d’annonce. Les financements promis n’ont pas été traduits en actions efficaces. Malgré les moyens mobilisés, l’office demeure englué dans ses carences structurelles.
Là où la demande porte sur des logements du type T1, T2 pour répondre au besoin des personnes isolées et des familles monoparentales, ces logements ne représentent que 14% du parc de l’OPH2C.
La conclusion s’impose : le problème du logement social à Bastia n’est pas seulement quantitatif, il est systémique. Il est temps de mettre fin à un fonctionnement défaillant et de reconstruire un véritable service public du logement social.
Tout ce que je viens d’exposer demande du travail, de la lecture, de l’honnêteté intellectuelle. Certains candidats préfèrent en faire une idée simpliste : puisqu’il manque des logements sociaux, réduisons la demande en excluant certains demandeurs : ici stigmatisant des étrangers, là en conditionnant l’accès au logement social à une exigence de résidence.
C’est faux, cela ne résoudra pas le problème mais c’est simpliste. Cela ne demande qu’un effaceur… et une indifférence totale à celles et ceux que l’on laisse, sciemment, au bord de la route.
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Ma foi je valide la (presque) totalité de vos remarques (pour ce que ça vaut). Et c’est pas si souvent (et le encore, pour ce que ça vaut).
Maintenant pour la non intégration dans une liste je ne saurais quoi dire de plus. Il n’empêche qu’une campagne électorale ouvre une publicité des débats qui devrait permettre, peut-être, de développer des échanges et d’opposer analyses et argumentions. Je reconnais néanmoins, non sans douleur, la remarque selon laquelle « certains candidats partent d’un postulat inquiétant : l’électeur serait incapable de comprendre une phrase de plus de trois lignes. Il ne s’agit alors plus de défendre des idées justes, mais de produire des idées simplistes. Ce qui appauvrit le débat public et méprise silencieusement celles et ceux à qui ils s’adressent. » Je viens de me prendre ces discours à tour de bras et, non pas seulement de « certains » mais de tous ou presque. La seule chose qui pourrait le consoler : que cela s’explique par une pauvreté conjoncturelle et provisoire du débat politique en Corse. Que faire ? si vous avez une idée, je prends !
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Merci pour votre participation. Je pense que cette pauvreté est liée à cette habitude que nous avons de voter puis de nous retirer. L’espace démocratique de débat nécessite un travail même entre deux élections. Ceux qui ne sont pas candidats mais qui s’intéresse à la société et à son évolution doivent réinvestir l’espace politique. Nous avons accorder aux élus le monopole de la représentation légitime de nos problèmes et ce n’est pas forcément une bonne chose. C’est pourquoi on a lancé le 10 janvier une démarche pour amplifier ce qui a été fait avec sur les carburants avec notre collectif pour élargir cet espace de travail en essayant d’aborder plus de thèmes avec plus de personnes volontaires. Je ne prétends pas que c’est la solution mais cela évite de rester les bras croisés…
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