Taxe foncière : les Bastiais passent à la caisse

La Ville de Bastia s’apprête à augmenter fortement la taxe foncière, en portant son taux de 36,58 % à 41,58 %, soit une hausse de 13,67 %. Une décision présentée comme « maîtrisée », mais qui mérite d’être éclairée autrement.

Un impôt qui ne connaît pas vos revenus, ça s’appelle un impôt injuste.

Car derrière les mots, il y a les chiffres. Cette hausse est estimée dans le budget primitif 2026 à 3 millions d’euros pour la commune.
La communication officielle, cet effort ne représente en moyenne que 8€ par mois et par habitants.
Mais personne ne paie une moyenne.
Pour les propriétaires bastiais l’ordre de grandeur est clair jusqu’à plusieurs centaines d’euros par an.

Dans une ville où près d’un propriétaire sur dix vit sous le seuil de pauvreté, avec environ 900 € par mois, cette décision ne peut être considérée comme anodine. La taxe foncière ne tient pas compte des revenus. Elle frappe de la même manière les ménages modestes et les plus aisés.

Mais s’arrêter là serait une erreur.

À Bastia, 6 habitants sur 10 sont locataires. Et plus d’un quart d’entre eux sont pauvres.
Une augmentation de charge pour les propriétaires se déplace vers les locataires
Et elle finit toujours au même endroit. Vers une population déjà fragilisée !

Trois millions pris dans nos poches. Deux millions redistribués en masse salariale. Le compte est vite fait

Dans le même temps, les dépenses de personnel ont augmenté de près de 6 millions d’euros en quatre ans. La mairie explique que cette hausse serait en grande partie imposée par l’État. Peut-être. Mais son propre document budgétaire reconnaît qu’une part significative relève de choix locaux. Autrement dit : quand les dépenses augmentent, ce sont les Bastiais qui passent à la caisse.

Rendons nous compte, le budget primitif 2026 prévoit une hausse des charges de personnel de 2 millions d’euros par rapport à 2025 (chapitre 012 du document). C’est-à-dire que cette hausse représente 66.7% des gains générés par l’augmentation de la fiscalité !

Les principes voyagent mal entre Ajaccio et Bastia

Mais au-delà des chiffres, c’est une question de cohérence politique qui se pose.

À Ajaccio, face à une hausse comparable, Romain Colonna, élu de Femu a Corsica, dénonçait un « matraquage fiscal », ajoutant :

« On ne peut pas dire que la Corse est la région la plus pauvre de France et augmenter dans la foulée les impôts. »

Une position claire. Lisible. Difficilement contestable.

À Bastia, aujourd’hui, la même famille politique, aux responsabilités, fait exactement l’inverse.

Faut-il comprendre que ce qui était un « matraquage fiscal » à Ajaccio devient une « gestion maîtrisée » à Bastia ?
Pour Femu Corsica,  les principes varient selon que l’on est dans l’opposition ou aux commandes, d’un coté du col de Vizzavona ou de l’autre.

La question mérite d’être posée, d’autant plus que Bastia dispose de bases fiscales plus faibles que celles des villes comparables, tout en adoptant désormais un taux supérieur. Autrement dit, une ville moins riche qui choisit de taxer davantage.

Et comme si cela ne suffisait pas, une révision nationale des bases cadastrales, plusieurs fois repoussée, devrait intervenir prochainement. Une nouvelle hausse qui va rendre l’addition particulièrement salée.

Au fond, le débat dépasse la seule question fiscale. Il touche à la cohérence, à la responsabilité et à la sincérité du discours public.

Et pendant que les Bastiais sont invités à payer 3 millions de plus, dans le même temps, l’enveloppe indemnitaire globale du maire et de ses adjoints est augmentée de 12% pour un total de 31 219 € par mois.
C’est un signal politique. Et il dit tout.


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