Ce qui suit est important.
𝗟𝗲 𝗽𝗿𝗶𝘅 𝗱𝘂 𝗰𝗮𝗿𝗯𝘂𝗿𝗮𝗻𝘁 𝗻𝗲 𝘀𝗲 𝗱𝗲́𝗰𝗶𝗱𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝗽𝗼𝗺𝗽𝗲. Il se construit tout au long d’une chaîne que l’on regarde rarement.
Nous allons tenter de vous l’expliquer le plus clairement possible :
𝗘𝗻 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗽𝗲́𝗿𝗶𝗼𝗱𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗿𝗶𝘀𝗲 𝗲́𝗻𝗲𝗿𝗴𝗲́𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲, 𝗶𝗹 𝗻𝗲 𝗳𝗮𝘂𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗼𝗽𝗽𝗼𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗖𝗼𝗿𝘀𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗲𝘂𝘅.
Ni les salariés des stations Vito ou ENI aux consommateurs asphyxiés par le prix des carburants.
Pas plus qu’il ne faut opposer les salariés des stations indépendantes hors réseau Total à ceux du réseau Total.
𝗟𝗮 𝗺𝗮𝗿𝗴𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝘀𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀-𝘀𝗲𝗿𝘃𝗶𝗰𝗲 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗲 𝘃𝗶𝘀𝗶𝗯𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗹’𝗶𝗰𝗲𝗯𝗲𝗿𝗴.
L’essentiel se joue en amont, là où l’on regarde rarement. Et il est de l’intérêt de certains que cela reste ainsi.
𝗧𝗼𝘂𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲́𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗱𝗲́𝗽𝗼̂𝘁𝘀 𝗽𝗲́𝘁𝗿𝗼𝗹𝗶𝗲𝗿𝘀.
Pour pouvoir stocker leur carburant en Corse, les sociétés doivent accepter une règle contractuelle : 𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗼𝗶𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗰𝗲́𝗱𝗲𝗿 𝗮̀ 𝗹’𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲́𝗲 𝗱𝘂 𝗱𝗲́𝗽𝗼̂𝘁 𝗮𝘂 𝗴𝗿𝗼𝘂𝗽𝗲 𝗥𝘂𝗯𝗶𝘀 𝗮̀ 𝘂𝗻 𝗽𝗿𝗶𝘅 𝗳𝗶𝘅𝗲́ 𝘀𝗲𝗹𝗼𝗻 𝘂𝗻 𝗶𝗻𝗱𝗶𝗰𝗲 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹 (𝗹𝗲 𝗣𝗹𝗮𝘁𝘁’𝘀).
Or, les grandes sociétés pétrolières sont capables d’acheter leur carburant moins cher que ce prix de référence.
Concrètement :
𝗠𝗲̂𝗺𝗲 𝘀𝗶 𝗹’𝗶𝗻𝗱𝗶𝗰𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗮̀ 𝟭𝟬, 𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗲𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗮𝗰𝗵𝗲𝘁𝗲𝗿 𝗮̀ 𝟳… 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗼𝗶𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲́𝗲 𝗱𝘂 𝗱𝗲́𝗽𝗼̂𝘁 𝗮̀ 𝟭𝟬.
Résultat : 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗺𝗮𝗿𝗴𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗲́𝗷𝗮̀ 𝗿𝗲́𝗮𝗹𝗶𝘀𝗲́𝗲 𝗮̀ 𝗰𝗲 𝗺𝗼𝗺𝗲𝗻𝘁-𝗹𝗮̀, 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗺𝗲̂𝗺𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲 𝗰𝗮𝗿𝗯𝘂𝗿𝗮𝗻𝘁 𝗻𝗲 𝗿𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗲́𝗽𝗼̂𝘁𝘀.
Et comme tout le monde repart ensuite du même prix de référence, les prix ont tendance à s’aligner entre les différentes enseignes.
À la sortie des dépôts, le carburant est réaffecté aux opérateurs.
Autrement dit, ils récupèrent ce qu’ils ont dû céder à l’entrée, mais à un prix majoré des coûts de stockage, de logistique, d’additivation…
𝗗𝗶𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗻𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝘀’𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗿𝗼𝗴𝗲𝗿 𝘀𝘂𝗿 𝘂𝗻 𝘁𝗲𝗹 𝗺𝗲́𝗰𝗮𝗻𝗶𝘀𝗺𝗲.
Puis viennent les étapes de distribution.
Les opérateurs (Rubis, TotalEnergies, ENI) approvisionnent leurs réseaux respectifs : Vito pour Rubis, TotalEnergies Corse pour TotalEnergies, et le groupe Ferrandi pour ENI.
Une marge est, bien évidemment, ajoutée au passage
Ces structures revendent ensuite aux stations-service, qui appliquent à leur tour une marge.
Et enfin, les stations vendent aux consommateurs avec encore une marge pour faire fonctionner leur activité.
Mais ce dernier maillon, celui qui est au contact direct de la population et de son exaspération, ne capte qu’une faible partie des marges tout en concentrant toutes les critiques.
𝗗𝗮𝗻𝘀 𝗰𝗲 𝘀𝘆𝘀𝘁𝗲̀𝗺𝗲, 𝗹𝗲𝘀 𝘀𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗻𝗲 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗯𝗹𝗲̀𝗺𝗲. 𝗘𝗹𝗹𝗲𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁, 𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶, 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘂𝗻 𝗺𝗲́𝗰𝗮𝗻𝗶𝘀𝗺𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗲́𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲.
Nous sommes loin de considérer le groupe TotalEnergies comme un acteur humaniste.
Son bouclier tarifaire n’est pas un geste désintéressé. Il s’inscrit dans un contexte de négociations avec l’État, notamment sur la question des surprofits.
D’ailleurs, lors de sa mise en place 𝗲𝗻 𝟮𝟬𝟮𝟯, 𝗹𝗮 𝗖𝗼𝗿𝘀𝗲 𝗮 𝗳𝗮𝗶𝗹𝗹𝗶 𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗲𝘅𝗰𝗹𝘂𝗲 𝗱𝘂 𝗱𝗶𝘀𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗳.
Pourquoi ?
Parce qu’il ne s’appliquait qu’aux carburants non additivés… alors qu’en Corse, ils le sont tous.
Nous avions tiré la sonnette d’alarme pour que la Corse soit réintégrée dans le périmètre du bouclier.
Il faut aussi rappeler le contexte : si Rubis est aujourd’hui présent en Corse, c’est parce que TotalEnergies a choisi de se désengager de la gestion des dépôts pétroliers (DPLC).
Rubis a ainsi repris 25 % des parts dans les dépôts… à condition que TotalEnergies lui cède également 34 stations-service.
Autrement dit, 𝘀𝗶 𝗧𝗼𝘁𝗮𝗹𝗘𝗻𝗲𝗿𝗴𝗶𝗲𝘀 𝗻𝗲 𝘃𝗼𝘂𝗹𝗮𝗶𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗥𝘂𝗯𝗶𝘀 𝘀’𝗶𝗻𝘀𝘁𝗮𝗹𝗹𝗲𝗿 𝗲𝗻 𝗖𝗼𝗿𝘀𝗲, 𝗶𝗹 𝗹𝘂𝗶 𝘀𝘂𝗳𝗳𝗶𝘀𝗮𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝗻𝗲 𝗿𝗶𝗲𝗻 𝗹𝘂𝗶 𝗰𝗲́𝗱𝗲𝗿.
Dans ce contexte, il est difficile de croire que TotalEnergies ait volontairement cherché à fragiliser Rubis avec son bouclier tarifaire. Ce qui pourrait expliquer que la Corse en ait été initialement écartée.
Ce choc pétrolier apporte son lot de souffrances sociales.
Mais 𝗶𝗹 𝗺𝗲𝘁 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗲𝗻 𝗹𝘂𝗺𝗶𝗲̀𝗿𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗿𝗲́𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝘀𝗼𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗶𝗴𝗻𝗼𝗿𝗲́𝗲 : celle des marges des sociétés pétrolières.
En France, une règle est simple : 𝗶𝗹 𝗲𝘀𝘁 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗱𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝘃𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗽𝗲𝗿𝘁𝗲.
Si TotalEnergies peut aujourd’hui proposer un bouclier tarifaire, c’est parce qu’𝗶𝗹 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗲𝘁 𝗲𝗳𝗳𝗼𝗿𝘁 𝗲𝗻 𝗿𝗲́𝗽𝗲𝗿𝗰𝘂𝘁𝗮𝗻𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝗲𝘀 𝗺𝗮𝗿𝗴𝗲𝘀 𝗮𝘂 𝗯𝗲́𝗻𝗲́𝗳𝗶𝗰𝗲 𝗱𝘂 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗼𝗺𝗺𝗮𝘁𝗲𝘂𝗿.
𝗨𝗻 𝗰𝗵𝗼𝗶𝘅 𝗾𝘂𝗲 𝗘𝗡𝗜 (𝟮,𝟲 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗱’𝗲𝘂𝗿𝗼𝘀 𝗱𝗲 𝗯𝗲́𝗻𝗲́𝗳𝗶𝗰𝗲 𝗻𝗲𝘁 𝗲𝗻 𝟮𝟬𝟮𝟱) 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗴𝗿𝗼𝘂𝗽𝗲 𝗥𝘂𝗯𝗶𝘀 (𝟯𝟬𝟵 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱’𝗲𝘂𝗿𝗼𝘀 𝗱𝗲 𝗯𝗲́𝗻𝗲́𝗳𝗶𝗰𝗲 𝗻𝗲𝘁) 𝗿𝗲𝗳𝘂𝘀𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲.
Mais dans un territoire comme la Corse, soumis à une situation de monopole, 𝗶𝗹 𝗲𝘅𝗶𝘀𝘁𝗲 𝘂𝗻 𝗼𝘂𝘁𝗶𝗹 pour protéger durablement les consommateurs : 𝗹𝗮 𝗿𝗲́𝗴𝘂𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝘅.
Le principe est simple : l’État fixe les marges maximales à chaque étape de la distribution pour construire le prix à la pompe.
Le problème, c’est que 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗶𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗼𝘂̀ 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗿𝗲́𝗴𝘂𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘅𝗶𝘀𝘁𝗲 𝗱𝗲́𝗷𝗮̀, 𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗿𝗲𝗽𝗼𝘀𝗲 𝘀𝘂𝗿 𝘂𝗻 𝗽𝗿𝗶𝘅 𝘁𝗵𝗲́𝗼𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲, 𝗰𝗲𝗹𝘂𝗶 𝗱𝗲 𝗹’𝗶𝗻𝗱𝗶𝗰𝗲 𝗣𝗹𝗮𝘁𝘁’𝘀, 𝗲𝘁 𝗻𝗼𝗻 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗶𝘅 𝗿𝗲́𝗲𝗹 auquel le carburant a été acheté.
Autrement dit : on encadre les marges… mais sur une base qui ne reflète pas toujours la réalité.
La régulation a permis de protéger les consommateurs. Mais elle peut être améliorée.
𝗘𝗻 𝗖𝗼𝗿𝘀𝗲, 𝗶𝗹 𝗳𝗮𝘂𝗱𝗿𝗮𝗶𝘁 𝗮𝗹𝗹𝗲𝗿 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗹𝗼𝗶𝗻 :
mettre en place une régulation qui prenne en compte l’ensemble de la chaîne, depuis l’achat du carburant destiné à la Corse en amont jusqu’à la station-service.
Nous appelons les élus et les représentants de l’Etat à écouter davantage ceux qui, depuis des années, travaillent sérieusement sur la cherté des carburants.
Et à prêter moins d’oreille à ceux qui noient le débat pour protéger leurs profits.
Car pendant que certains maintiennent leurs marges, ce sont des familles entières qui paient le prix.
𝗥𝗲́𝗴𝘂𝗹𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗮𝗿𝗯𝘂𝗿𝗮𝗻𝘁𝘀 𝗱𝗲́𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗹𝗮 𝘀𝗶𝗺𝗽𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝘂 𝗽𝗹𝗲𝗶𝗻.
𝗖’𝗲𝘀𝘁 𝘂𝗻 𝗺𝗲𝘀𝘀𝗮𝗴𝗲 𝗱’𝗲𝘀𝗽𝗼𝗶𝗿 𝗮𝗱𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲́ 𝗮̀ 𝘁𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗖𝗼𝗿𝘀𝗲𝘀 : 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗻𝗲 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲𝗿𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗽𝗲𝗿𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝘀𝗼𝗻 𝗯𝗲𝘂𝗿𝗿𝗲 𝘀𝘂𝗿 𝘃𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗲́𝘁𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲.
Collectif Agissons contre la cherté des carburants en Corse (A4C)

En savoir plus sur Frédéric Poletti
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
