L’autre jour en fin d’après-midi, je me suis engagé sur le boulevard Paoli à Bastia. Il n’y avait pas beaucoup de voitures. Un utilitaire était arrêté au milieu de la voie.
Je suis arrivé à son niveau en m’apprêtant à le dépasser quand il a opéré une marche arrière et a heurté mon véhicule.
Non content d’avoir fait une manœuvre tout aussi fautive qu’inattendue, il s’est mis à hurler et s’en est suivie une dispute. Rien de très méchant, je vous rassure tout de suite.
Il apparait évident que sa conduite aussi bien routière que comportementale le dépeint comme un parfait imbécile.
Nul besoin de savoir d’où il vient, de quel quartier, village ou pays, l’imbécile reste imbécile.
Pourtant, une certaine association « culturelle » identitaire d’extrême droite insulaire prétend que non !
Selon ses adhérents si le chauffard n’est pas un Corse « de sang », c’est plus grave.
En quoi ? Ma voiture serait elle plus emboutie ? Son comportement serait il encore plus intolérable ?
De manière générale, en quoi les blessures d’une victime seraient elles plus ou moins douloureuses selon que le coupable est le descendant d’une longue lignée corse ou pas ?
En fait, le Président de cette association a eu une idée : créer de toute pièce un problème que la Corse ne connait pas encore.
Pourtant, et malheureusement, des problèmes nous en avons à revendre. Et parmi les plus importants : la pauvreté et la précarité. Sur notre île, 25% des enfants sont touchés par la pauvreté. Oui ! Vous lisez bien ! 1 enfant sur 4 !
Dès lors, quel avenir peut-on espérer pour notre ile, quand on a que la misère à offrir à nos enfants ?
Mais, pour en revenir à ce président, il ne cesse d’évoquer le péril des dérives d’une «banlieurisation» à la française. En d’autres termes, il dénonce à longueur d’interviews que la Corse pourrait devenir une cité du 93 ou des quartiers nord de Marseille.
Etonnant dans une région où la moitié de la population vit dans le rural (contre 33% au niveau national).
Rural où le taux de pauvreté culmine à 25% si bien que certains maires en sont réduits à demander à leurs agents de couper du bois pour permettre à certain de leurs administrés de pouvoir se chauffer.
Autant dire que, pour eux, le froid est un bien plus grand problème que l’islamisation inexistante.
Même si la chronique des faits divers est plus marquée par des règlements de compte d’un milieu bien nustrale, il est évident que des problèmes existent dans certains quartiers bastiais ou ajacciens.
Mais tout l’art de cette association est de monter en épingle des « affaires » qui sont imputables à des personnes d’une autre religion et d’une couleur de peau plus foncée.
Elle va ainsi se mobiliser pour dénoncer une rixe impliquant des maghrébins mais délaisser totalement l’agression d’une dame âgée, chez elle, à Agliani, par des jeunes dont la pureté de l’origine insulaire ne saurait être remise en cause.
Elle crée de toute pièce une émotion pour rameuter la foule contre la horde de « racailles » étrangères.
Personne n’est dupe. On devine aisément qui cette association désigne. Ce qui d’ailleurs vaut à son président les faveurs d’une certaine presse d’extrême-droite.
Pourtant, l’immigration nord-africaine ne cesse de baisser. Elle représentait 54.5% de la population immigrée en 1999, aujourd’hui elle pèse 41.5% (46% au niveau national). Les immigrés étrangers originaires d’Afrique du nord représentent 3% de la population de l’ile ! Une invasion !!
Et ainsi après avoir posé les bases d’un potentiel risque de danger, cette association, son président et ses adhérents se posent en héros de la Corse et des Corses.
Remarquez il y a un avantage à se présenter en héros d’une lutte contre ce qui n’existe pas. On ne risque pas grand-chose.
En ce jour, où s’ouvre le procès de l’attentat de Trèbes qui a vu le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame faire le sacrifice de sa vie pour sauver celle d’une otage, on mesure toute la différence qu’il existe entre un véritable héros et ces héros … de pacotille.
Albert Einstein a écrit : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».
Et si, dans un contexte où l’extrême droite progresse partout, notre île étonnait le monde en refusant de laisser prospérer ceux qui excitent les bas instincts de notre peuple ?
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