Un moment clé de la vie municipale, c’est le débat d’orientation budgétaire (DOB). Chaque année, souvent en mars à Bastia, majorité et opposition s’y retrouvent, toute la presse est là car les débats peuvent être vifs.
Le DOB n’est pas contraignant : c’est une prévision, pas un engagement. On y annonce des investissements ambitieux, on jure de maîtriser les dépenses, surtout les charges de personnel. Bref, c’est l’occasion de se présenter comme gestionnaire modèle et un investisseur génial !
Dans le DOB 2024, la mairie affiche +4,12 % pour la masse salariale, soit 36 570 830 €. Officiellement, la hausse est imputée aux mesures nationales (revalorisation du point d’indice, etc.).
Autrement dit : “ça augmente, ce n’est pas nous, et ça reste raisonnable.” En réalité, cela représente déjà +1,5 M€.
Le DOB est adopté dans une ambiance d’autosatisfaction. On s’embrasse, on est les plus beaux, les flash crépitent.
Puis, au fil de l’année, on ajuste discrètement par des délibérations modificatives (DM), souvent votées en milieu de conseil, quand plus personne n’écoute. Un liste de comptes, une liste de chiffres avec les modifications.
En novembre 2024, la DM n°2 ajoute encore un demi-million : la masse salariale grimpe à 37 127 000 €, soit +5,73 % par rapport à 2023, et non +4,12 %. Mais dans l’indifférence générale, ça passe inaperçu !
Dans une demi torpeur d’un conseil qui s’éternise, personne ne demande pourquoi cette augmentation puisque les mesures nationales avaient déjà été prévues dans le DOB ?
Arrive enfin le compte financier unique (CFU) 2024, adopté en mars 2025. Il s’agit du document qui confronte le DOB, celui qui permet de mesurer le décalage entre promesses et réalisé.
Cette fois, plus de place pour les approximations : tout doit être exact au centime. (Le CFU 2024, d’ailleurs, dont je demande l’annulation devant le TA)
Et, perdu dans un document volumineux, dans l’annexe B9, on découvre le vrai tableau.
Les prévisions de dépenses salariales (37 127 000 €) reposaient sur 749 emplois… dont seulement 684 ont été effectivement pourvus. Soit 65 postes fantômes.
Logiquement, la dépense aurait dû être plus basse. Pourtant, sur les 37,1 M€ prévus, 37, 063 M€ ont été dépensés : 99,83 % de l’enveloppe.
À Bastia, même les emplois non pourvus coûtent cher.
C’était censé passé inaperçu parce que personne ne va fouiller 175 pages d’annexes pour tomber là-dessus ? Personne… sauf moi, apparemment. Pas par goût de l’ennui ou par maniaquerie, mais parce que c’est la seule manière de rendre aux citoyens une information sincère.
Une démocratie sans contrôle finit toujours par coûter plus cher, au détriment de l’intérêt général et de ceux qui sont les plus fragiles.
Et dès fois, je ne vous le cache pas, je me plais à imaginer ce que je pourrais faire si en plus j’avais un mandat !



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