Demain, le conseil municipal votera une délibération qui témoigne de l’incompétence du maire de Bastia sur le dossier pourtant crucial de l’hôpital de Bastia .
L’examen du traitement du volet foncier laisse un goût amer. Entre cafouillage juridique, contradictions réglementaires, opacité financière et promesses tenues par des bouts de ficelle, tout concourt à donner l’image d’un projet lancé … sans que personne ne tienne vraiment le volant.
Une DUP illégale, votée avec le sourire de l’autosatisfaction
Septembre 2024 : la mairie vote une Déclaration d’utilité publique pour permettre l’expropriation des terrains agricoles du site de Labretto.
Seul hic ? Elle la confie à un acteur qui n’a pas le droit de la porter : le centre hospitalier lui-même.
Ce niveau d’erreur n’est pas une approximation : c’est une faute juridique basique. Du genre que tout étudiant de L3 droit public pourrait corriger.
La suite ? Rien ne bouge pendant sept mois. On attend avril 2025 pour que la mairie, penaude, revote le tout comme si de rien n’était.
Pas d’explication, pas d’excuses. Circulez, y’a pas de DUP.
Exproprier sans budget : la grande illusion
Coût estimé de l’opération foncière ? 6,5 à 10 millions d’euros.
Budget de la Ville de Bastia ? Très insuffisant pour absorber ce genre de choc.
Qui paiera ? L’État ? L’hôpital ? La Collectivité de Corse ? Personne ne le sait.
Aucune convention tripartite, aucune ligne de financement, aucun plan réel.
On avance donc vers une expropriation de terres agricoles protégées sans que personne n’ait signé le chèque. C’est ce qu’on appelle, en langage administratif : mettre la charrue avant l’argent.
Le flou comme stratégie de gestion municipale
Tout dans cette affaire respire la désinvolture institutionnelle :
On modifie un PLU sans sécurisation PADDUC.
On vote une DUP illégale.
On met en avant des financements qui n’existent pas.
On parle d’urgence sanitaire tout en se vautrant dans l’inaction.
Et quand on s’enlise, on enterre les responsabilités dans le silence administratif.
Ce n’est plus de la maladresse, c’est une méthode. Un style de gouvernance fait de bricolage juridique, d’autosatisfaction sans rigueur, et de communication creuse pour masquer l’absence de pilotage.
Quand le conseil municipal devient une caisse enregistreuse
Ce qu’il y a de méprisant dans cette affaire ? Ce n’est pas seulement l’erreur juridique, c’est que les élus municipaux ont été utilisés pour la valider, sans en connaître la fragilité.
En septembre 2024, le conseil municipal vote une DUP juridiquement invalide — sans que personne ne les alerte sur l’illégalité de la démarche. Puis, sept mois plus tard, on leur demande de voter l’abrogation de cette même délibération.
C’est bien simple : le conseil municipal est traité comme un terminal de validation. On appuie sur “oui” en septembre, on appuie sur “annuler” en avril, et tout le monde fait comme si rien ne s’était passé.
Ce n’est plus de la démocratie locale, c’est du pilotage automatique. Et les élus de la majorité semblent s’en contenter.
La santé publique sacrifiée sur l’autel de l’improvisation
La reconstruction de l’hôpital de Bastia est indispensable. Mais elle mérite mieux que ce désastre organisé.
Ce n’est pas un projet public, c’est une opération de comm’ qui avance à l’aveugle, sans cap, sans cadre, et sans garantie.
On exproprie sans base claire. On urbanise des terres agricoles sans respect des documents de planification. On mise sur l’urgence pour éviter les questions embarrassantes. Et pendant ce temps-là, les malades attendent, les professionnels s’usent, et les citoyens paieront l’addition d’une ville qui joue les promoteurs sans permis de construire.
Conclusion
À Bastia, le nouvel hôpital aurait dû commencer par un plan, une vision et une coordination exemplaire.
Il commence par une erreur de droit, un silence gêné, et une bonne dose de cynisme administratif.
Si le maire veut être pris au sérieux, qu’il commence par respecter le droit, clarifier les financements, et assumer ses responsabilités.
Il avait débuté son premier mandat dans l’ombre de Gilles Simeoni, par une erreur de casting. Il achèvera le second par un échec cuisant — celui d’avoir transformé une priorité de santé publique en fiasco municipal
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