Comme la mairie de Bastia s’est prévalue dans Corse Matin d’un avis favorable de l’agence de l’urbanisme de Corse (AUE), j’avais interpellé son président pour clarifier la position de l’agence.

Cela permet néanmoins de faire plusieurs constats :
1. Un sens du timing à faire pâlir un horloger suisse !
- 4 février : j’écris au Président de l’AUE pour demander la publication de son analyse du PLU par souci de transparence
- 21 février : L’enquête publique se termine.
- 27 février : L’AUE rédige sa réponse.
- 3 mars : la réponse est postée
- 6 mars : Je reçois enfin le précieux sésame…
Un modèle d’efficacité ! Juste à temps pour être totalement inutile dans le débat public !

2. et pour dire quoi? RIEN
« L’AUE n’est pas une personne publique associée (PPA) »
Bravo, c’est écrit dans le Code de l’Urbanisme. Et moi qui pensais que le scoop du jour serait la découverte de l’eau tiède…
« L’AUE n’a pas rendu d’avis sur le PLU »
Ah bon ?! Parce que la mairie de Bastia nous affirmait le contraire le 30 janvier dans Corse Matin :
« L’Agence d’Urbanisme de la Collectivité de Corse, instigatrice du PADDUC, juge que le résultat semble cohérent avec les exigences de ce plan. »
Mais alors on a un petit problème !
Si l’AUE n’a pas donné son avis, ce que son Président confirme par écrit, alors la mairie de Bastia a… menti !!!
3. L’AUE invente un avis favorable
Julien Paolini indique que « la collectivité de corse a émis un avis favorable »
Ah très bien sauf que c’est totalement faux ! Dans cet avis, nulle trace d’un « favorable » !
Au contraire, l’avis de la collectivité de Corse éparpille façon puzzle le projet de PLU du maire de Bastia :
- Il remet en cause le manque de planification urbaine.
- Il souligne les risques juridiques du PLU.
- Il s’inquiète des conséquences sur les grands projets structurants (hôpital, infrastructures routières, port).
En fait, il faut croire que l’AUE et la mairie ont une drôle de définition du mot « favorable »
4. Julien Paolini ne dit pas « oui », ne dit pas « non », il dit… pas grand chose.
Sa lettre nous fait une belle démonstration d’évitement. En cette période de Tournoi des Six Nations, il nous sort un joli cadrage-débordement… sauf qu’il a confondu la ligne d’essai avec la ligne de touche
- Il ne dit pas si l’AUE a fait une analyse technique. Il ne s’agit que de la révision du PLU de la 2ème ville de Corse !
- Il ne dit pas si le PLU respecte le PADDUC. L’assemblée de Corse vient de voter à l’unanimité une délibération qui fait du PADDUC un rempart contre les dérives mafieuses.
- Il ne dit pas pourquoi la mairie de Bastia affirme avoir eu un avis de l’AUE.
Du grand art dans l’art de ne pas répondre. On sent que la leçon a été bien apprise : « On n’est jamais responsable de ce qu’on ne dit pas. »
5. Conclusion
Pourtant une enquête publique, c’est censé être le moment où les citoyens peuvent s’informer et donner leur avis.
C’est le cœur du débat démocratique, l’instant où chacun peut se prononcer sur les choix qui façonneront Bastia pour les décennies à venir.
Mais à quoi ça sert, une enquête publique, quand on vous cache la moitié des cartes et qu’on vous explique après la partie que, de toute façon, le jeu était truqué ?
Quand la mairie s’invente des avis favorables, que l’AUE botte en touche plus vite qu’un demi d’ouverture en panique, et que les citoyens sont priés d’écouter sagement sans poser trop de questions gênantes ?
Une enquête publique devrait être synonyme de transparence, pas d’opacité. De débat éclairé, pas de communication biaisée. De vérité, pas de confusion entretenue.
Et pourtant, dans cette affaire, on a surtout droit à une démonstration magistrale de brouillard organisé, un grand numéro du « circulez, y’a rien à voir ».
Les Bastiais méritaient mieux que ça.
Alors, que fait-on maintenant ? On laisse filer en sifflotant ou on demande des comptes?
Vous devinez ma réponse.

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