Un samedi d’horreur

C’était un samedi soir d’hiver en Corse. Le premier week-end des vacances de février. On ne peut savoir ce que Chloé avait programmé pour ses vacances d’étudiante.
Cette jeune femme a la vie devant elle et des projets plein la tête. Elle a l’âge où tout est encore possible.
En fin de soirée, elle s’est engagée sur une route qu’elle avait sans doute empruntée de nombreuses fois.
Une route sur laquelle l’attendait la folie meurtrière des hommes.
Son seul tort a été d’être au mauvais endroit, au mauvais moment et vraisemblablement dans la mauvaise voiture.

Samedi s’achève dans l’horreur, dimanche débute dans l’effroi
Chloé, c’est notre petite sœur, notre amie, notre petite voisine qui a été victime, apprend-on, d’une « méprise ».
Un mot qui illustre à quel point la vie humaine n’a plus de valeur. On se trompe de chemin, on se trompe de porte mais on ne se trompe pas dans l’acte d’assassiner. Car quand on assassine on enlève violemment la vie à une personne sans retour en arrière possible. L’existence d’une erreur ne retire rien à l’ignominie de l’acte. A l’ignominie, cela rajoute l’absurdité.

A chaque nouvel assassinat qui frappe notre île, nous avons tous tendance à chercher dans les articles de presse ces quelques mots « défavorablement connu des services de police ». Un désir inconscient de se rassurer comme si être assassiné c’est quelque part être un peu coupable de quelque chose, comme si ce genre de chose n’arrive qu’à « eux »…

Pourtant les signes funèbres d’une dérive mortifère ne cessent de se multiplier.
En 2009, un homme est abattu rue fesch à Ajaccio alors que les magasins sont encore ouverts. Des témoins étaient si proches qu’ils ont été maculés de sang
En 2010, un homme est criblé de balles devant ses enfants, son bébé de 8 mois est touché par des éclats de verre.
En 2011, en voulant abattre un homme, les assassins blessent sa fille alors âgée de 11 ans.
Dans une île où il semble plus facile de se retrouver en prison pour un petit délit que pour un assassinat, tant le niveau de résolution judiciaire est faible, être innocent ne protège plus de rien. Nous sommes devenus des dommages collatéraux acceptables pour ceux qui font commerce de la mort.

Mais Chloé n’est pas une victime collatérale elle est un rêve qui s’effondre car elle était une jeune femme pleine d’espoirs et de promesses…
Elle aspirait à tout sauf à entendre nos vœux de la voir reposer en paix et à ce que ses proches aient le courage de traverser l’inimaginable…


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